Entreprises, osons la vulnérabilité !
« Entreprise vulnérable ? Accoler ces deux mots peut sonner comme une provocation. Mais ensemble, ils expriment une vérité, une urgence ». Nous devons changer de regard sur la vulnérabilité. Pour engager cette transformation des entreprises et des organisations, dirigeantes et dirigeants s’engagent. Retrouvez et signez notre tribune parue dans Les Échos.

Le monde craque. Records de chaleur, guerres commerciales, crises en cascade… Nos sociétés n’ont jamais été si performantes et, pourtant, jamais elles n’ont été si fragiles.
Dans un horizon d’incertitudes, devenu la nouvelle norme, le réflexe de la plupart des organisations – privées comme publiques – , est d’appeler à toujours plus d’optimisation, de flexibilité, de course aux résultats. Comme s’il fallait jeter de l’huile sur un système en surchauffe. Un système qui contribue au problème : déconnexion du réel, perte de sens, épuisement des équipes et des ressources naturelles…
Et si, dans ce chaos, notre boussole était cachée justement là où nous refusons de porter nos regards : dans notre vulnérabilité ?
Ce mot nous fait peur.
Et pourtant.
Tous vulnérables sur une planète vulnérable… et dans des entreprises vulnérables
La vulnérabilité n’est ni une tare ni une faiblesse, mais l’expression de notre condition fondamentale de femmes et d’hommes. Interdépendants. Exposés. Vivants. Nous sommes un maillon parmi tant d’autres de cette prodigieuse chaîne de vulnérabilité qu’est la vie sur Terre.
Pour beaucoup, la vulnérabilité peut être économique, sociale, structurelle. Certains en ont fait l’expérience intime, ou en ont été témoins, à travers un deuil, une maladie ou un échec. Ils ont compris que la vulnérabilité, assumée et bien accompagnée, peut révéler un potentiel insoupçonné. Et nous transformer en profondeur.
D’autres la découvrent sans drame, comme une discrète évidence ou un dévoilement progressif. Tous vulnérables sur une planète vulnérable… et dans des entreprises vulnérables.
Entreprise vulnérable* ? Accoler ces deux mots peut sonner comme une provocation. Mais ensemble, ils expriment une vérité, une urgence. L’entreprise vulnérable est celle qui prend conscience de ses limites humaines, économiques, écologiques. Et choisit de les intégrer, de les rendre visibles et de s’en servir comme leviers de transformation, de création de valeur, de liens humains.
Un New Deal de la vulnérabilité en entreprise
Dans un monde où tout change très vite, l’entreprise vulnérable accueille les aléas et apprend à transformer les crises en opportunités. Elle devient adaptable, résiliente et robuste.
Nous, représentants d’entreprises du CAC 40, d’ETI et de PME, d’établissements publics ou de structures de l’économie sociale et solidaire, affirmons que l’entreprise vulnérable est notre avenir. Ensemble, nous voulons refonder :
1. Le leadership : et si le véritable pouvoir du leader résidait dans sa capacité à assumer son humanité – imparfaite, incomplète, interdépendante – et à avouer que, parfois, il ne sait pas ? À reconnaître ses erreurs ? Sortons des postures d’invincibilité, aussi vaines que factices. Nous ne sommes et ne serons jamais des robots. La confiance naît de l’humilité, de l’écoute. De notre capacité à créer des espaces où s’épanouit l’intelligence collective. Inventons de nouveaux modèles de leadership… vulnérable. L’humain avant les process. La coopération avant la compétition. Le courage du doute avant la certitude.
2. La performance : et si l’entreprise devenait un laboratoire pour repenser la performance ? Observons le vivant : la nature prend ce dont elle a besoin. Elle ne spécule pas. Elle s’adapte et puise sa force dans la complémentarité des écosystèmes. Nos organisations aussi ont besoin de diversité (des profils, des idées, des modèles économiques), de s’adapter et de se transformer. C’est même leur devoir. Face à l’urgence de notre temps, elles se doivent de contribuer aux grands défis sociétaux de demain. Osons une performance globale qui conjugue les dimensions économique, sociale et écologique.
3. Le management : et si la vulnérabilité assumée devenait notre plus grand atout ? À force de masquer nos fragilités, nous étouffons l’élan de nos équipes, leur créativité, leur désir d’agir. Accueillons les expériences de vulnérabilité – personnelle (maladie, précarité, aidance…) ou professionnelle (échec, licenciement, burnout…) – comme une source d’apprentissage, pour nous-mêmes et nos entreprises. Un impératif pour attirer et fidéliser les hommes et les femmes en quête de sens et d’authenticité. Et un catalyseur d’énergie collective.
C’est pourquoi nous appelons à un New Deal de la vulnérabilité en entreprise : un changement radical de perspective, pour placer la reconnaissance et l’accompagnement de la fragilité – la nôtre, celle de nos équipes, celle de notre environnement – au cœur de la gestion des talents, des pratiques managériales, de la stratégie et de l’innovation.
Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses. Et c’est justement pour initier ce mouvement que nous publions cette tribune. Sans attendre, nous prenons l’engagement d’intégrer la vulnérabilité dans nos décisions, nos processus managériaux et nos indicateurs de réussite.
Le chemin sera long et c’est avec humilité que nous désirons ouvrir la voie. D’abord pour nous-mêmes, mais aussi avec vous : nous invitons tous les acteurs de l’entreprise – dirigeants, collaborateurs, actionnaires – à nous rejoindre, pour bâtir ensemble des organisations plus résilientes. Plus vulnérables, et donc plus humaines.
* Nous incluons, avec ce terme, les entreprises privées mais aussi les établissements publics et structures de l’économie sociale et solidaire.
Les premiers signataires :
- Boutaina ARAKI (Ex Clear Channel France – WATS Consulting)
- Lucie BASCH (Poppins, Too Good To Go et Climate House)
- Marc BATTY (FEVE)
- Hubert de BOISREDON (Armor Group)
- Kat BORLONGAN (Ex French Tech – Conseil européen de l’innovation)
- Eric CARREEL (Withings et Invoxia)
- Eric COISNE (RAISE Sherpas)
- Jean-Philippe COURTOIS (Ex Microsoft – Live for Good)
- François CRÉMIEUX (AP-HM)
- Alexandre FAYEULLE (Advens)
- Florence GUEMY (Ex Bayard – Heart Leadership University)
- Thibaut GUILLUY (France Travail)
- Saïd HAMMOUCHE (Groupe Mozaïk RH)
- Laurence MEHAIGNERIE (Citizen Capital)
- Eva SADOUN (Ex Impact France – LITA)
- Fabienne SERVAN SCHREIBER (Cinétévé)
- Charlotte SOULEAU (Back Market)
- Wassila ZITOUNE (Orange Business France)
- Rodolphe DURANT (HEC Paris)
- Romain BRIAT (HEC Paris)
- Caroline NEYRON (Mouvement Impact France)
- Edouard de HENNEZEL (Cercle Vulnérabilités et Société)
- Delphine LANGLET (Fondation Partage et Vie)
- Laïla BOUDIH (Meet my Mama)
- Olivier JEANNEL (Rogervoice)
- Thomas LEMASLE (Oé)
- Paul-Alexis RACINE-JOURDREN (CetteFamille)
- Frédéric WALTHER (Domitys, Phisa)
- Christopher GUERIN (Nexans)
- Sophie DARRIERE (Label Experience)
- Caroline JEANTEUR (Ubisoft)
- Eric PÉLISSON (Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles)
- Stéphanie GOUJON (Groupe Vyv)
- Valérie BRISAC (Communauté des Entreprises à Mission)
- Guillaume HÉRISSON (Groupe ARES)
- Claire BRETTON (Underdog)
- Camila GARCIA (B Lab France)
- Théo SCUBLA (Each One)
- Alexandre LOURIE (Groupe SOS)
- Claire MARTINETTO (ECOFI)
- Jean-Baptiste THIERCELIN (Randstad)
VOTRE EXPÉRIENCE
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